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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
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Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).


Book: Le nabab, tome II

A >> Alphonse Daudet >> Le nabab, tome II

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En arrivant au theatre, Jansoulet s'apercut vite de la rumeur que
causait sa presence dans la salle. Habitue a ces ovations curieuses, il
y repondait d'ordinaire sans le moindre embarras, de tout son large
et bon sourire; mais cette fois la manifestation etait malveillante,
presque indignee.

"Comment!... c'est lui?...

--Le voila.

--Quelle impudence!"

Cela montait de l'orchestre avec bien d'autres exclamations confuses.
L'ombre et la retraite ou il s'etait refugie depuis quelques jours
l'avaient laisse ignorant de l'exasperation publique a son egard, des
homelies, des dithyrambes repandus dans les journaux a propos de sa
fortune corruptrice, articles a effet, phraseologie hypocrite a l'aide
desquels l'opinion se venge de temps en temps sur les innocents de
toutes ses concessions aux coupables. Ce fut une effroyable deconvenue,
qui lui causa d'abord plus de peine que de colere. Tres emu, il cachait
son trouble derriere sa lorgnette, s'attachant aux moindres details de
la scene, pose de trois quarts, mais ne pouvant echapper a l'observation
scandaleuse dont il etait victime et qui faisait bourdonner ses
oreilles, ses tempes battre, les verres embues de sa lorgnette
s'emplir des cercles multicolores ou tournoie le premier egarement des
congestions sanguines.

Le rideau baisse, l'acte fini, il restait dans cette attitude de gene,
d'immobilite; mais les chuchotements plus distincts, que ne retenait
plus le dialogue scenique, l'acharnement de certains curieux changeant
de place pour mieux le voir, le contraignaient a sortir de sa loge, a
se precipiter dans les couloirs comme un fauve, echappe de l'arene a
travers le cirque. Sous le plafond bas, dans l'etroit passage circulaire
des corridors de theatre, il tombait au milieu d'une foule compacte de
gandins, de journalistes, de femmes en chapeau, en taille, riant par
metier, renversant leur rire bete, le dos appuye au mur. Des loges
ouvertes et qui essayaient de respirer sur cette baie grouillante et
bruyante sortaient des fragments de conversations, melees, a propos
rompus:

"Une piece delicieuse... C'est frais... C'est honnete...

--Ce Nabab!... Quelle effronterie!...

--Oui, vraiment, ca repose... On se sent meilleur...

--Comment ne l'a-t-on pas encore arrete?...

--Un tout jeune homme, parait-il... C'est sa premiere piece.

--Bois-l'Hery a Mazas! Ce n'est pas possible... Voici la marquise en
face de nous, aux premieres galeries, avec un chapeau neuf...

--Qu'est-ce que ca prouve?... Elle fait son metier de lanceuse... Il est
tres joli, ce chapeau... aux couleurs du cheval de Desgranges.

--Et Jenkins? que devient Jenkins?

--A Tunis avec Felicia... Le vieux Brahim les a vus tous les deux... Il
parait que le bey se met decidement aux perles.

--Bigre!..."

Plus loin, des voix douces murmuraient:

"Vas-y, pere, vas-y donc... Vois comme il est seul ce pauvre homme.

--Mais, mes enfants, je ne le connais pas.

--Eh bien! rien qu'un salut... Quelque chose qui lui prouve qu'il n'est
pas completement abandonne..."

Aussitot un petit vieux monsieur, tres rouge, en cravate blanche,
s'elancait au-devant du Nabab et lui donnait un grand coup de chapeau
respectueux. Avec quelle reconnaissance, quel sourire d'empressement
aimable ce salut unique fut rendu, ce salut d'un homme que Jansoulet ne
connaissait pas, qu'il n'avait jamais vu, et qui pesait pourtant d'un
grand poids sur sa destinee; car sans le pere Joyeuse, le president du
conseil de la _Territoriale_ aurait eu probablement le sort du marquis
de Bois-l'Hery. C'est ainsi que, dans l'enchevetrement de la societe
moderne, ce grand tissage d'interets, d'ambitions, de services acceptes
et rendus, tous les mondes communiquent entre eux, mysterieusement unis
par les dessous, des plus hautes existences aux plus humbles; voila ce
qui explique le bariolage, la complication de cette etude de moeurs,
l'assemblage des fils epars dont l'ecrivain soucieux de verite est force
de faire le fond de son drame.

Les regards jetes en l'air dans le vague, la demarche qui s'ecarte sans
but, le chapeau remis sur la tete brusquement jusqu'aux yeux, en
dix minutes le Nabab subit toutes les manifestations de ce terrible
ostracisme du monde parisien ou il n'avait ni parente ni serieuses
attaches, et dont le mepris l'isolait plus surement que le respect
n'isole un souverain en visite. D'embarras, de honte, il chancelait.
Quelqu'un dit tres haut: "Il a bu..." et tout ce que le pauvre homme
put faire, ce fut de rentrer s'enfermer dans le salon de sa loge.
D'ordinaire ce petit _retiro_ s'emplissait pendant les entr'actes de
gens de bourse, de journalistes. On riait, on fumait en menant grand
vacarme; le directeur venait saluer son commanditaire. Ce soir-la,
personne. Et l'abstention de Cardailhac, ce flaireur de succes, donnait
bien a Jansoulet la mesure de sa disgrace.

--Que leur ai-je donc fait? Pourquoi Paris ne veut-il plus de moi?

Il s'interrogeait ainsi dans une solitude qu'accentuaient les bruits
environnants, les clefs brusques aux portes des loges, les mille
exclamations d'une foule amusee. Puis subitement la fraicheur du luxe
qui l'entourait, la lanterne mauresque decoupee en ombres bizarres sur
les soies brillantes du divan et des murs lui remettaient en memoire la
date de son arrivee... Six mois!... Seulement six mois, qu'il etait a
Paris!... Tout flambe, tout devore en six mois!... Il s'absorba dans
une sorte de torpeur, d'ou le tirerent des applaudissements, des bravos
enthousiastes. C'etait decidement un grand succes, cette piece de
_Revolte_. On arrivait maintenant aux passages de force, de satire; et
les tirades virulentes, un peu emphatiques mais qu'enlevait un souffle
de jeunesse et de sincerite, faisaient vibrer tous les coeurs, apres les
effusions idylliques du debut. Jansoulet a son tour voulut entendre,
voulut voir. Ce theatre lui appartenait, apres tout. Sa place dans cette
avant-scene lui coutait plus d'un million; c'etait bien le moins qu'il
l'occupat.

Le voila de nouveau assis sur le devant de sa loge. Dans la salle, une
chaleur lourde, suffocante, remuee et non dissipee par les eventails
haletants qui promenaient des reflets et des paillettes avec tous les
souffles impalpables du silence. On ecoutait religieusement une replique
indignee et fiere contre les forbans, si nombreux a cette epoque, qui
tenaient le haut du pave apres en avoir battu les coins les plus obscurs
pour detrousser les passants. Certes, Maranne, en ecrivant ces beaux
vers, avait pense a tout autre qu'au Nabab. Mais le public y vit une
allusion; et tandis qu'une triple salve d'applaudissements accueillait
la fin de la tirade, toutes les tetes se tournaient vers l'avant-scene
de gauche avec un mouvement indigne, ouvertement injurieux... Le
malheureux, mis au pilori sur son propre theatre! Un pilori qui lui
coutait si cher!... Cette fois, il n'essaya pas de se soustraire a
l'affront, se planta resolument les bras croises et brava cette foule
qui le regardait, ces centaines de visages leves et ricaneurs, ce
vertueux Tout Paris qui le prenait pour bouc emissaire et le chassait
apres l'avoir charge de tous ses crimes.

Joli monde vraiment pour une manifestation pareille! En face, une loge
de banquiers faillis, la femme et l'amant l'un pres de l'autre au
premier rang, le mari dans l'ombre, efface et grave. A cote, le trio
frequent d'une mere qui a marie sa fille selon son propre coeur et
pour se faire un gendre de l'homme qu'elle aimait. Puis des menages
interlopes, des filles etalant le prix de la honte, des diamants en
cercles de feu rives autour des bras et du cou comme des colliers
de chien, se bourrant de bonbons qu'elles avalaient brutalement,
bestialement, parce qu'elles savent que l'animalite de la femme plait a
ceux qui la paient. Et ces groupes de gandins effemines, le col ouvert,
les sourcils peints, dont on admirait a Compiegne, dans les chambres
d'invites, les chemises de batiste brodees et les corsets de satin
blanc; ces mignons du temps d'Agrippa, s'appelant entre eux: "Mon
coeur... Ma chere belle..." Tous les scandales, toutes les turpitudes,
consciences vendues ou a vendre, le vice d'une epoque sans grandeur,
sans originalite, essayant les travers de toutes les autres et jetant
a Bullier cette duchesse, femme de ministre, rivale des plus ehontees
danseuses de l'endroit. Et c'etaient ces gens-la qui le repoussaient,
qui lui criaient: "Va-t'en... tu es indigne...

--Indigne, moi!... mais je vaux cent fois mieux que vous tous,
miserables... Vous me reprochez mes millions. Et qui donc m'a aide a les
devorer? Toi, compagnon lache et traitre, qui caches dans le coin de ton
avant-scene ton obesite de pacha malade. J'ai fait ta fortune avec la
mienne au temps ou nous partagions en freres. Toi, marquis blafard,
j'ai paye cent mille francs au cercle pour qu'on ne te chasse pas
honteusement... Je t'ai couverte de bijoux, drolesse, en laissant croire
que tu etais ma maitresse, parce que cela fait bien dans notre monde,
mais sans jamais te demander de retour... Et toi, journaliste effronte
qui as toute la bourbe de ton encrier pour cervelle, et sur ta
conscience autant de lepres que ta reine en porte sur la peau, tu
trouves que je ne t'ai pas paye ton prix, et voila pourquoi tes
injures... Oui, oui, regardez-moi, canailles... Je suis fier... Je vaux
mieux que vous..."

Tout ce qu'il disait ainsi mentalement, dans un delire de colere,
visible au tremblement de ses levres blemies, le malheureux, en qui
montait la folie, allait peut-etre le crier bien fort dans le silence,
invectiver cette masse insultante, qui sait? bondir au milieu, en
tuer un, ah! bon sang de Dieu! en tuer un, quand il se sentit frappe
legerement sur l'epaule; et une tete blonde lui apparut, serieuse et
franche, deux mains tendues qu'il saisit convulsivement, comme un noye.

"Ah! cher... cher... begaya le pauvre homme. Mais il n'eut pas la force
d'en dire davantage. Cette emotion douce arrivant au milieu de sa fureur
la fondit en un sanglot de larmes, de sang, de paroles etranglees. Sa
figure devint violette. Il fit signe: "Emmenez-moi..." Et trebuchant,
appuye au bras de de Gery, il ne put que franchir la porte de sa loge
pour aller tomber dans le couloir.

"Bravo! bravo!!" criait la salle a la tirade du comedien; et c'etait
un bruit de grele, de trepignements enthousiastes, tandis que le grand
corps sans vie, peniblement enleve par les machinistes, traversait les
coulisses rayonnantes, encombrees de curieux empresses autour de la
scene, allumes au succes repandu et qui remarquerent a peine le passage
de ce vaincu inerte, porte a bras comme une victime d'emeute. On
l'etendit sur un canape dans le magasin d'accessoires, Paul de Gery a
ses cotes avec un medecin, et deux garcons qui s'empressaient pour les
secours. Cardailhac, tres occupe par sa piece, avait promis de venir
savoir des nouvelles "tout a l'heure, apres le _cinq_..."

Saignee sur saignee, ventouses, sinapismes, rien ne ramenait meme un
fremissement a l'epiderme du malade insensible a tous les moyens usites
dans les cas d'apoplexie. Un abandon de tout l'etre semblait le donner
deja a la mort, le preparer aux rigidites du cadavre; et cela dans le
plus sinistre endroit du monde, le chaos eclaire d'une lanterne sourde
ou gisent pele-mele sous la poussiere tous les rebuts des pieces jouees,
meubles dores, tentures a crepines brillantes, carrosses, coffres-forts,
tables a jeu, escaliers et rampes demontes parmi des cordages, des
poulies, un fouillis d'accessoires de theatre hors d'usage, casses,
demolis, avaries. Bernard Jansoulet etendu au milieu de ces epaves, son
linge fendu sur la poitrine, a la fois sanglant et bleme, etait bien
un naufrage de la vie, meurtri et rejete a la cote avec les debris
lamentables de son luxe artificiel disperse et broye par le tourbillon
parisien. Paul, le coeur brise, contemplait cela tristement, cette face
au nez court, gardant dans son inertie l'expression colere et bonne d'un
etre inoffensif qui a essaye de se defendre avant de mourir et n'a pas
eu le temps de mordre. Il se reprochait son impuissance a le servir
efficacement. Ou etait ce beau projet de conduire Jansoulet a travers
les fondrieres, de le garder des embuches? Tout ce qu'il avait pu faire,
c'etait de lui sauver quelques millions et encore arrivaient-ils trop
tard.

* * * * *

On venait d'ouvrir les fenetres sur le balcon tournant du boulevard,
en pleine agitation bruyante et lumineuse. Le theatre s'entourait d'un
cordon de gaz, d'une zone de feu qui faisait paraitre les fonds plus
sombres, piques de lanternes roulantes, comme des etoiles voyageant au
ciel obscur. La piece etait finie. On sortait. La foule noire et serree
sur les perrons se dispersait aux trottoirs blancs, allait repandre
par la ville le bruit d'un grand succes et le nom d'un inconnu demain
triomphant et celebre. Soiree admirable allumant les vitres des
restaurants en liesse et faisant circuler par les rues des files
d'equipages attardes. Ce tumulte de fete que le pauvre Nabab avait tant
aime, qui allait bien a l'etourdissement de son existence, le ranima
une seconde. Ses levres remuerent, et ses yeux dilates, tournes vers de
Gery, retrouverent avant la mort une expression douloureuse, implorante
et revoltee, comme pour le prendre a temoin d'une des plus grandes, des
plus cruelles injustices que Paris ait jamais commises.


FIN




TABLE


XIII. Un jour de spleen

XIV. L'Exposition

XV. Memoires d'un garcon de bureau.--A l'antichambre

XVI. Un homme public

XVII. L'apparition

XVIII. Les perles Jenkins

XIX. Les funerailles

XX. La baronne Hemerlingue

XXI. La seance

XXII. Drames parisiens

XXIII. Memoires d'un garcon de bureau.--Derniers feuillets

XXIV. A Bordighera

XXV. La premiere de _Revolte_






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