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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
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FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).


Book: Consuelo v.1 (1861)

G >> George Sand >> Consuelo v.1 (1861)

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Elle revint decouragee vers ses guides. Ils vanterent beaucoup son
courage, et oserent, apres elle, explorer encore les lieux qu'elle
venait de quitter, mais sans succes; et tous rentrerent en silence au
chateau, ou la chanoinesse, qui les attendait sur le seuil, vit, a leur
recit, evanouir sa derniere esperance.




XXXVIII.


Consuelo, apres avoir recu les remerciments et le baiser que la bonne
Wenceslawa, toute triste, lui donna au front, reprit le chemin de sa
chambre avec precaution, pour ne point reveiller Amelie, a qui on avait
cache l'entreprise. Elle demeurait au premier etage, tandis que la
chambre de la chanoinesse etait au rez-de-chaussee. Mais en montant
l'escalier, elle laissa tomber son flambeau, qui s'eteignit avant
qu'elle eut pu le ramasser. Elle pensa pouvoir s'en passer pour
retrouver son chemin, d'autant plus que le jour commencait a poindre;
mais, soit que son esprit fut preoccupe etrangement, soit que son
courage, apres un effort au-dessus de son sexe, vint a l'abandonner tout
a coup, elle se troubla au point que, parvenue a l'etage qu'elle
habitait, elle ne s'y arreta pas, continua de monter jusqu'a l'etage
superieur, et entra dans le corridor qui conduisait a la chambre
d'Albert, situee presque au-dessus de la sienne; mais elle s'arreta
glacee d'effroi a l'entree de cette galerie, en voyant une ombre grele
et noire se dessiner devant elle, glisser comme si ses pieds n'eussent
pas touche le carreau, et entrer dans cette chambre vers laquelle
Consuelo se dirigeait, pensant que c'etait la sienne. Elle eut, au
milieu de sa frayeur, assez de presence d'esprit pour examiner cette
figure, et pour voir rapidement dans le vague du crepuscule qu'elle
avait la forme et l'accoutrement de Zdenko. Mais qu'allait-il faire dans
la chambre de Consuelo a une pareille heure, et de quel message etait-il
charge pour elle? Elle ne se sentit point disposee a affronter ce
tete-a-tete, et redescendit pour chercher la chanoinesse. Ce fut apres
avoir descendu un etage qu'elle reconnut son corridor, la porte de sa
chambre, et s'apercut que c'etait dans celle d'Albert qu'elle venait de
voir entrer Zdenko.

Alors mille conjectures se presenterent a son esprit redevenu calme et
attentif. Comment l'idiot pouvait-il penetrer la nuit dans ce chateau si
bien ferme, si bien examine chaque soir par la chanoinesse et les
domestiques? Cette apparition de Zdenko la confirmait dans l'idee
qu'elle avait toujours eue que le chateau avait une secrete issue et
peut-etre une communication souterraine avec le Schreckenstein. Elle
courut frapper a la porte de la chanoinesse, qui deja s'etait barricadee
dans son austere cellule, et qui fit un grand cri en la voyant paraitre
sans lumiere et un peu pale.

"Tranquillisez-vous, chere madame, lui dit la jeune fille; c'est un
nouvel evenement assez bizarre, mais qui n'a rien d'effrayant: je viens
de voir Zdenko entrer dans la chambre du comte Albert."

--Zdenko! mais vous revez, ma chere enfant; par ou serait-il entre? J'ai
ferme toutes les portes avec le meme soin qu'a l'ordinaire, et pendant
tout le temps de votre course au Schreckenstein, je n'ai pas cesse de
faire bonne garde; le pont a ete leve, et quand vous l'avez passe pour
rentrer, je suis restee la derniere pour le faire relever.

--Quoi qu'il en soit, Madame, Zdenko est dans la chambre du comte
Albert. Il ne tient qu'a vous de venir vous en convaincre.

--J'y vais sur-le-champ, repondit la chanoinesse, et l'en chasser comme
il le merite. Il faut que ce miserable y soit entre pendant le jour.
Mais quels desseins l'amenent ici? Sans doute il cherche Albert, ou il
vient l'attendre; preuve, ma pauvre enfant, qu'il ne sait pas plus que
nous ou il est!

--Eh bien, allons toujours l'interroger, dit Consuelo.

--Un instant, un instant! dit la chanoinesse qui, au moment de se mettre
au lit, avait ote deux de ses jupes, et qui se croyait trop legerement
vetue, n'en ayant plus que trois; je ne puis pas me presenter ainsi
devant un homme, ma chere. Allez chercher le chapelain ou mon frere le
baron, le premier que vous rencontrerez ... Nous ne pouvons nous exposer
seules vis-a-vis de cet homme en demence ... Mais j'y songe! une jeune
personne comme vous, ne peut aller frapper a la porte de ces
messieurs ... Allons, allons, je me depeche; dans un petit instant je
serai prete.

Et elle se mit a refaire sa toilette avec d'autant plus de lenteur
qu'elle voulait se depecher davantage, et que, derangee dans ses
habitudes regulieres comme elle ne l'avait pas ete depuis longtemps,
elle avait tout a fait perdu la tete. Consuelo, impatiente d'un retard
pendant lequel Zdenko pouvait sortir de la chambre d'Albert et se cacher
dans le chateau sans qu'il fut possible de l'y decouvrir, retrouva toute
son energie.

"Chere Madame, dit-elle en allumant un flambeau, occupez-vous d'appeler
ces messieurs; moi, je vais voir si Zdenko ne nous echappe pas."

Elle monta precipitamment les deux etages, et ouvrit d'une main
courageuse la porte d'Albert qui ceda sans resistance; mais elle trouva
la chambre deserte. Elle penetra dans un cabinet voisin, souleva tous
les rideaux, se hasarda meme a regarder sous le lit et derriere tous les
meubles. Zdenko n'y etait plus, et n'y avait laisse aucune trace de son
entree.

"Plus personne!" dit-elle a la chanoinesse qui venait clopin-clopant,
accompagnee de Hanz et du chapelain: le baron etait deja couche et
endormi; il avait ete impossible de le reveiller.

"Je commence a craindre, dit le chapelain un peu mecontent de la
nouvelle alerte qu'on venait de lui donner, que la signora Porporina ne
soit la dupe de ses propres illusions ..."

--Non, monsieur le chapelain, repondit vivement Consuelo, personne ici
n'en a moins que moi.

--Et personne n'a plus de force et de devouement, c'est la verite,
reprit le bonhomme; mais dans votre ardente esperance, vous croyez,
signora, voir des indices ou il n'y en a malheureusement point.

--Mon pere, dit la chanoinesse, la Porporina est brave comme un lion, et
sage comme un docteur. Si elle a vu Zdenko, Zdenko est venu ici. Il faut
le chercher dans toute la maison; et comme tout est bien ferme, Dieu
merci, il ne peut nous echapper."

On reveilla les autres domestiques, et on chercha de tous cotes. Il n'y
eut pas une armoire qui ne fut ouverte, un meuble qui ne fut derange. On
remua jusqu'au fourrage des immenses greniers. Hanz eut la naivete do
chercher jusque dans les larges bottes du baron. Zdenko ne s'y trouva
pas plus qu'ailleurs. On commenca a croire que Consuelo avait reve; mais
elle demeura plus persuadee que jamais qu'il fallait trouver l'issue
mysterieuse du chateau, et elle resolut de porter a cette decouverte
toute la perseverance de sa volonte. A peine eut-elle pris quelques
heures de repos qu'elle commenca son examen. Le batiment qu'elle
habitait (le meme ou se trouvait l'appartement d'Albert) etait appuye et
comme adosse a la colline. Albert lui-meme avait choisi et fait arranger
son logement dans cette situation pittoresque qui lui permettait de
jouir d'un beau point de vue vers le sud, et d'avoir du cote du levant
un joli petit parterre en terrasse, de plain-pied avec son cabinet de
travail. Il avait le gout des fleurs, et en cultivait d'assez rares sur
ce carre de terres rapportees au sommet sterile de l'eminence. La
terrasse etait entouree d'un mur a hauteur d'appui, en larges pierres de
taille, assis sur des rocs escarpes, et de ce belvedere fleuri on
dominait le precipice de l'autre versant et une partie du vaste horizon
dentele du Boehmerwald. Consuelo, qui n'avait pas encore penetre dans ce
lieu, en admira la belle position et l'arrangement pittoresque; puis
elle se fit expliquer par le chapelain a quel usage etait destinee cette
terrasse avant que le chateau eut ete transforme, de forteresse, en
residence seigneuriale.

"C'etait, lui dit-il, un ancien bastion, une sorte de terrasse
fortifiee, d'ou la garnison pouvait observer les mouvements des troupes
dans la vallee et sur les flancs des montagnes environnantes. Il n'est
point de breche offrant un passage qu'on ne puisse decouvrir d'ici.
Autrefois une haute muraille, avec des jours pratiques de tous cotes,
environnait cette plate-forme, et defendait les occupants contre les
fleches ou les balles de l'ennemi.

--Et qu'est-ce que ceci? demanda Consuelo en s'approchant d'une citerne
situee au centre du parterre, et dans laquelle on descendait par un
petit escalier rapide et tournant.

--C'est une citerne qui fournissait toujours et en abondance une eau de
roche excellente aux assieges; ressource inappreciable pour un chateau
fort!

--Cette eau est donc bonne a boire? dit Consuelo en examinant l'eau
verdatre et mousseuse de la citerne. Elle me parait bien trouble.

--Elle n'est plus bonne maintenant, ou du moins elle ne l'est pas
toujours, et le comte Albert n'en fait usage que pour arroser ses
fleurs. Il faut vous dire qu'il se passe depuis deux ans dans cette
fontaine un phenomene bien extraordinaire. La source, car c'en est une,
dont le jaillissement est plus ou moins voisin dans le coeur de la
montagne, est devenue intermittente. Pendant des semaines entieres le
niveau s'abaisse extraordinairement, et le comte Albert fait monter, par
Zdenko, de l'eau du puits de la grande cour pour arroser ses plantes
cheries. Et puis, tout a coup, dans l'espace d'une nuit, et quelquefois
meme d'une heure, cette citerne se remplit d'une eau tiede, trouble
comme vous la voyez. Quelquefois elle se vide rapidement; d'autres fois
l'eau sejourne assez longtemps et s'epure peu a peu, jusqu'a devenir
froide et limpide comme du cristal de roche. Il faut qu'il se soit passe
cette nuit un phenomene de ce genre; car, hier encore, j'ai vu la
citerne claire et bien pleine, et je la vois en ce moment trouble comme
si elle eut ete videe et remplie de nouveau.

--Ces phenomenes n'ont donc pas un cours regulier?

--Nullement, et je les aurais examines avec soin, si le comte Albert,
qui defend l'entree de ses appartements et de son parterre avec l'espece
de sauvagerie qu'il porte en toutes choses, ne m'eut interdit cet
amusement. J'ai pense, et je pense encore, que le fond de la citerne est
encombre de mousses et de plantes parietaires qui bouchent par moments
l'acces a l'eau souterraine, et qui cedent ensuite a l'effort du
jaillissement.

--Mais comment expliquez-vous la disparition subite de l'eau en d'autres
moments?

--A la grande quantite que le comte en consomme pour arroser ses fleurs.

--Il faudrait bien des bras, ce me semble, pour vider cette fontaine.
Elle n'est donc pas profonde?

--Pas profonde? Il est impossible d'en trouver le fond!

--En ce cas, votre explication n'est pas satisfaisante, dit Consuelo,
frappee de la stupidite du chapelain.

--Cherchez-en une meilleure, reprit-il un peu confus et un peu pique de
son manque de sagacite.

--Certainement, j'en trouverai une meilleure, pensa Consuelo vivement
preoccupee des caprices de la fontaine.

--Oh! si vous demandiez au comte Albert ce que cela signifie, reprit le
chapelain qui aurait bien voulu faire un peu l'esprit fort pour
reprendre sa superiorite aux yeux de la clairvoyante etrangere, il vous
dirait que ce sont les larmes de sa mere qui se tarissent et se
renouvellent dans le sein de la montagne. Le fameux Zdenko, auquel vous
supposez tant de penetration, vous jurerait qu'il y a la dedans une
sirene qui chante fort agreablement a ceux qui ont des oreilles pour
l'entendre. A eux deux ils ont baptise ce puits _la Source des pleurs_.
Cela peut etre fort poetique, et il ne tient qu'a ceux qui aiment les
fables paiennes de s'en contenter.

--Je ne m'en contenterai pas, pensa Consuelo, et je saurai comment ces
pleurs se tarissent.

--Quant a moi, poursuivit le chapelain, j'ai bien pense qu'il y avait
une perte d'eau dans un autre coin de la citerne....

--Il me semble que sans cela, reprit Consuelo, la citerne, etant le
produit d'une source, aurait toujours deborde.

--Sans doute, sans doute, reprit le chapelain, ne voulant pas avoir
l'air de s'aviser de cela pour la premiere fois; il ne faut pas venir de
bien loin pour decouvrir une chose aussi simple! Mais il faut bien qu'il
y ait un derangement notoire dans les canaux naturels de l'eau,
puisqu'elle ne garde plus le nivellement regulier qu'elle avait naguere.

--Sont-ce des canaux naturels, ou des aqueducs faits de main d'homme?
demanda l'opiniatre Consuelo: voila ce qu'il importerait de savoir.

--Voila ce dont personne ne peut s'assurer, repondit le chapelain,
puisque le comte Albert ne veut point qu'on touche a sa chere fontaine,
et a defendu positivement qu'on essayat de la nettoyer.

--J'en etais sure! dit Consuelo en s'eloignant; et je pense qu'on fera
bien de respecter sa volonte, car Dieu sait quel malheur pourrait lui
arriver, si on se melait de contrarier sa sirene!

"Il devient a peu pres certain pour moi, se dit le chapelain en quittant
Consuelo, que cette jeune personne n'a pas l'esprit moins derange que
monsieur le comte. La folie serait-elle contagieuse? Ou bien maitre
Porpora nous l'aurait-il envoyee pour que l'air de la campagne lui
rafraichit le cerveau? A voir l'obstination avec laquelle elle se
faisait expliquer le mystere de cette citerne, j'aurais gage qu'elle
etait fille de quelque ingenieur des canaux de Venise, et qu'elle
voulait se donner des airs entendus dans la partie; mais je vois bien a
ses dernieres paroles, ainsi qu'a l'hallucination qu'elle a eue a propos
de Zdenko ce matin, et a la promenade qu'elle nous a fait faire cette
nuit au Schreckenstein, que c'est une fantaisie du meme genre. Ne
s'imagine-t-elle pas retrouver le comte Albert au fond de ce puits!
Malheureux jeunes gens! que n'y pouvez-vous retrouver la raison et la
verite!"

La-dessus, le bon chapelain alla dire son breviaire en attendant le
diner.

"Il faut, pensait Consuelo de son cote, que l'oisivete et l'apathie
engendrent une singuliere faiblesse d'esprit, pour que ce saint homme,
qui a lu et appris tant de choses, n'ait pas le moindre soupcon de ce
qui me preoccupe a propos de cette fontaine, mon Dieu, je vous en
demande pardon, mais voila un de vos ministres qui fait bien peu d'usage
de son raisonnement! Et ils disent que Zdenko est imbecile!"

La-dessus, Consuelo alla donner a la jeune baronne une lecon de solfege,
en attendant qu'elle put recommencer ses perquisitions.




XXXIX.


"Avez-vous jamais assiste au decroissement de l'eau, et l'avez-vous
quelquefois observee quand elle remonte? demanda-t-elle tout bas dans la
soiree au chapelain, qui etait fort en train de digerer.

--Quoi! qu'y a-t-il? s'ecria-t-il en bondissant sur sa chaise, et en
roulant de gros yeux ronds.

--Je vous parle de la citerne, reprit-elle sans se deconcerter;
avez-vous observe par vous-meme la production du phenomene?

--Ah! bien, oui, la citerne; j'y suis, repondit-il avec un sourire de
pitie. Voila, pensa-t-il, sa folie qui la reprend.

--Mais, repondez-moi donc, mon bon chapelain, dit Consuelo, qui
poursuivait sa meditation avec l'espece d'acharnement qu'elle portait
dans toutes ses occupations mentales, et qui n'avait aucune intention
malicieuse envers le digne homme.

--Je vous avouerai, Mademoiselle, repondit-il d'un ton tres froid, que
je ne me suis jamais trouve a meme d'observer ce que vous me demandez;
et je vous declare que je ne me suis jamais tourmente au point d'en
perdre le sommeil.

--Oh! j'en suis bien certaine, reprit Consuelo impatientee."

Le chapelain haussa les epaules, et se leva peniblement de son siege,
pour echapper a cette ardeur d'investigation.

"Eh bien, puisque personne ici ne veut perdre une heure de sommeil pour
une decouverte aussi importante, j'y consacrerai ma nuit entiere, s'il
le faut, pensa Consuelo."

Et, en attendant l'heure de la retraite, elle alla, enveloppee de son
manteau, faire un tour de jardin.

La nuit etait froide et brillante; les brouillards s'etaient dissipes a
mesure que la lune, alors pleine, avait monte dans l'empyree. Les
etoiles palissaient a son approche; l'air etait sec et sonore. Consuelo,
irritee et non brisee par la fatigue, l'insomnie, et la perplexite
genereuse, mais peut-etre un peu maladive, de son esprit, sentait
quelque mouvement de fievre, que la fraicheur du soir ne pouvait calmer.
Il lui semblait toucher au terme de son entreprise. Un pressentiment
romanesque, qu'elle prenait pour un ordre et un encouragement de la
Providence, la tenait active et agitee. Elle s'assit sur un tertre de
gazon plante de melezes, et se mit a ecouter le bruit faible et plaintif
du torrent au fond de la vallee. Mais il lui sembla qu'une vois plus
douce et plus plaintive encore se melait au murmure de l'eau et montait
peu a peu jusqu'a elle. Elle s'etendit sur le gazon pour mieux saisir,
etant plus pres de la terre, ces sons legers que la brise emportait a
chaque instant. Enfin elle distingua la voix de Zdenko. Il chantait en
allemand; et elle recueillit les paroles suivantes, arrangees tant bien
que mal sur un air bohemien, empreint du meme caractere naif et
melancolique que celui qu'elle avait deja entendu:

"Il y a la-bas, la-bas, une ame en peine et en travail, qui attend sa
delivrance.

"Sa delivrance, sa consolation tant promise.

"La delivrance semble enchainee, la consolation semble impitoyable.

"Il y a la-bas, la-bas, une ame en peine et en travail qui se lasse
d'attendre."

Quand la voix cessa de chanter, Consuelo se leva, chercha des yeux
Zdenko dans la campagne, parcourut tout le parc et tout le jardin pour
le trouver, l'appela de divers endroits, et rentra sans l'avoir apercu.

Mais une heure apres qu'on eut dit tout haut en commun une longue priere
pour le comte Albert, auquel on invita tous les serviteurs de la maison
a se joindre, tout le monde etant couche, Consuelo alla s'installer
aupres de la fontaine des Pleurs, et, s'asseyant sur la margelle, parmi
les capillaires touffues qui y croissaient naturellement, et les iris
qu'Albert y avait plantes, elle fixa ses regards sur cette eau immobile,
ou la lune, alors parvenue a son zenith, plongeait son image comme dans
un miroir.

Au bout d'une heure d'attente, et comme la courageuse enfant, vaincue
par la fatigue, sentait ses paupieres s'appesantir, elle fut reveillee
par un leger bruit a la surface de l'eau. Elle ouvrit les yeux, et vit
le spectre de la lune s'agiter, se briser, et s'etendre en cercles
lumineux sur le miroir de la fontaine. En meme temps un bouillonnement
et un bruit sourd, d'abord presque insensible et bientot impetueux, se
manifesterent; elle vit l'eau baisser en tourbillonnant comme dans un
entonnoir, et, en moins d'un quart d'heure, disparaitre dans la
profondeur de l'abime.

Elle se hasarda a descendre plusieurs marches. L'escalier, qui semblait
avoir ete pratique pour qu'on put approcher a volonte du niveau variable
de l'eau, etait forme de blocs de granit enfonces ou tailles en spirale
dans le roc. Ces marches limoneuses et glissantes n'offraient aucun
point d'appui, et se perdaient dans une effrayante profondeur.
L'obscurite, un reste d'eau qui clapotait encore au fond du precipice
incommensurable, l'impossibilite d'assurer ses pieds delicats sur cette
vase filandreuse, arreterent la tentative insensee de Consuelo; elle
remonta a reculons avec beaucoup de peine, et se rassit tremblante et
consternee sur la premiere marche.

Cependant l'eau semblait toujours fuir dans les entrailles de la terre.
Le bruit devint de plus en plus sourd, jusqu'a ce qu'il cessa
entierement; et Consuelo songea a aller chercher de la lumiere pour
examiner autant que possible d'en haut l'interieur de la citerne. Mais
elle craignit de manquer l'arrivee de celui qu'elle attendait, et se
tint patiemment immobile pendant pres d'une heure encore. Enfin, elle
crut apercevoir une faible lueur au fond du puits; et, se penchant avec
anxiete, elle vit cette tremblante clarte monter peu a peu. Bientot elle
n'en douta plus; Zdenko montait la spirale en s'aidant d'une chaine de
fer scellee aux parois du rocher. Le bruit que sa main produisait en
soulevant cette chaine et en la laissant retomber de distance en
distance, avertissait Consuelo de l'existence de cette sorte de rampe,
qui cessait a une certaine hauteur, et qu'elle n'avait pu ni voir ni
soupconner. Zdenko portait une lanterne, qu'il suspendit a un croc
destine a cet usage, et plante dans le roc a environ vingt pieds
au-dessous du sol; puis il monta legerement et rapidement le reste de
l'escalier, prive de chaine et de point d'appui apparent. Cependant
Consuelo, qui observait tout avec la plus grande attention, le vit
s'aider de quelques pointes de rocher, de certaines plantes parietaires
plus vigoureuses que les autres, et peut-etre de quelques clous
recourbes qui sortaient du mur, et dont sa main avait l'habitude. Des
qu'il fut a portee de voir Consuelo, celle-ci se cacha et se deroba a
ses regards en rampant derriere la balustrade de pierre a demi
circulaire qui couronnait le haut du puits, et qui s'interrompait
seulement a l'entree de l'escalier. Zdenko sortit, et se mit a cueillir
lentement dans le parterre, avec beaucoup de soin et comme en
choisissant certaines fleurs, un gros bouquet; puis il entra dans le
cabinet d'Albert, et, a travers le vitrage de la porte, Consuelo le vit
remuer longtemps les livres, et en chercher un, qu'il parut enfin avoir
trouve; car il revint vers la citerne en riant et en se parlant a
lui-meme d'un ton de contentement, mais d'une voix faible et presque
insaisissable, tant il semblait partage entre le besoin de causer tout
seul, selon son habitude, et la crainte d'eveiller les hotes du chateau.

Consuelo ne s'etait pas encore demande si elle l'aborderait, si elle le
prierait de la conduire aupres d'Albert; et il faut avouer qu'en cet
instant, confondue de ce qu'elle voyait, eperdue au milieu de son
entreprise, joyeuse d'avoir devine la verite tant pressentie, mais emue
de l'idee de descendre au fond des entrailles de la terre et des abimes
de l'eau, elle ne se sentit pas le courage d'aller d'emblee au resultat,
et laissa Zdenko redescendre comme il etait monte, reprendre sa
lanterne, et disparaitre en chantant d'une voix qui prenait de
l'assurance a mesure qu'il s'enfoncait dans les profondeurs de sa
retraite:

"La delivrance est enchainee, la consolation est impitoyable."

Le coeur palpitant, le cou tendu, Consuelo eut dix fois son nom sur les
levres pour le rappeler. Elle allait s'y decider par un effort heroique,
lorsqu'elle pensa tout a coup que la surprise pouvait faire chanceler
cet infortune sur cet escalier difficile et perilleux, et lui donner le
vertige de la mort. Elle s'en abstint, se promettant d'etre plus
courageuse le lendemain, en temps opportun.

Elle attendit encore pour voir remonter l'eau, et cette fois le
phenomene s'opera plus rapidement. Il y avait a peine un quart d'heure
qu'elle n'entendait plus Zdenko et qu'elle ne voyait plus de lueur de
lanterne, lorsqu'un bruit sourd, semblable au grondement lointain du
tonnerre, se fit entendre; et l'eau, s'elancant avec violence, monta en
tournoyant et en battant les murs de sa prison avec un bouillonnement
impetueux. Cette irruption soudaine de l'eau eut quelque chose de si
effrayant, que Consuelo trembla pour le pauvre Zdenko, en se demandant
si, a jouer avec de tels perils, et a gouverner ainsi les forces de la
nature, il ne risquait pas d'etre emporte par la violence du courant, et
de reparaitre a la surface de la fontaine, noye et brise comme ces
plantes limoneuses qu'elle y voyait surnager.

Cependant le moyen devait etre bien simple; il ne s'agissait que de
baisser et de relever une ecluse, peut-etre de poser une pierre en
arrivant, et de la deranger en s'en retournant. Mais cet homme, toujours
preoccupe et perdu dans ses reveries bizarres, ne pouvait-il pas se
tromper et deranger la pierre un instant trop tot? Venait-il par le meme
souterrain qui servait de passage a l'eau de la source? Il faudra
pourtant que j'y passe avec ou sans lui, se dit Consuelo, et cela pas
plus tard que la nuit prochaine; _car il y a la-bas une ame en travail
et en peine qui m'attend et qui se lasse d'attendre_. Ceci n'a point ete
chante au hasard; et ce n'est pas sans but que Zdenko, qui deteste
l'allemand et qui le prononce avec difficulte, s'est explique
aujourd'hui dans cette langue.

Elle alla enfin se coucher; mais elle eut tout le reste de la nuit
d'affreux cauchemars. La fievre faisait des progres. Elle ne s'en
apercevait pas, tant elle se sentait encore pleine de force et de
resolution; mais a chaque instant elle se reveillait en sursaut,
s'imaginant etre encore sur les marches du terrible escalier, et ne
pouvant le remonter, tandis que l'eau s'elevait au-dessous d'elle avec
le rugissement et la rapidite de la foudre.

Elle etait si changee le lendemain, que tout le monde remarqua
l'alteration de ses traits. Le chapelain n'avait pu s'empecher de
confier a la chanoinesse que _cette agreable et obligeante personne_ lui
paraissait avoir le cerveau derange; et la bonne Wenceslawa, qui n'etait
pas habituee a voir tant de courage et de devouement autour d'elle,
commencait a croire que la Porporina etait tout au moins une jeune fille
fort exaltee et d'un temperament nerveux tres excitable. Elle comptait
trop sur ses bonnes portes doublees de fer, et sur ses fideles clefs,
toujours grincantes a sa ceinture, pour avoir cru longtemps a l'entree
et a l'evasion de Zdenko l'avant-derniere nuit. Elle adressa donc a
Consuelo des paroles affectueuses et compatissantes, la conjurant de ne
pas s'identifier au malheur de la famille, jusqu'a en perdre la sante,
et s'efforcant de lui donner, sur le retour prochain de son neveu, des
esperances qu'elle commencait elle-meme a perdre dans le secret de son
coeur.

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