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Book: Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923 936)

P >> Ph. Lauer >> Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923 936)

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ANNALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE A L'EPOQUE CAROLINGIENNE

ROBERT Ier

ET

RAOUL DE BOURGOGNE

ROIS DE FRANCE

(923-936)

PAR

PH. LAUER


1910

Cet ouvrage forme le 188e fascicule de la Bibliotheque des Hautes
Etudes




AVANT-PROPOS


Cet opuscule est destine a combler la lacune qui existait entre les
ouvrages sur les regnes de Charles le Simple et de Louis d'Outre-Mer,
parus dans la serie des _Annales de l'histoire de France a l'epoque
carolingienne_ entreprises sur l'initiative d'Arthur Giry[1]. L'etude
que M.W. Lippert a consacree a Raoul, dans une these ecrite et publiee
en Allemagne[2], n'etait pas accessible a tous, et, malgre sa tres
reelle valeur, devait etre rectifiee, modifiee ou completee sur plus
d'un point, principalement en ce qui concerne la topographie, la
diplomatique et les affaires de Lorraine.

Les identifications des noms de lieux, comme par exemple celles de
_Donincum_ avec Doullens (Somme) et de _Calaus mons_ avec
Chaumont-le-Bois (Cote-d'Or), etaient evidemment a reformer, ainsi que
je l'ai montre dans mes notes des _Annales de Flodoard_. Les
cartulaires n'avaient pas ete tous connus, ainsi ceux de Stavelot, de
Saint-Etienne de Limoges; et les chartes de Saint-Hilaire de Poitiers
publiees par Redet n'avaient pas ete utilisees. Plusieurs des
depouillements relatifs aux editions des diplomes royaux etaient ou
incomplets ou devenus insuffisants par suite des publications
posterieures. Divers passages d'annales ou de chroniques n'etaient pas
analyses ou commentes d'une maniere satisfaisante; enfin certains
textes avaient ete omis, comme les _Annales Nivernenses_. Mais ce qui
rendait surtout desirable un nouveau travail, c'etait la conception
meme du role politique de Raoul a l'exterieur, que ni Kalckstein ni
Lippert n'avaient bien nettement degage. En Lorraine et dans le
royaume de Provence, ce souverain a visiblement fait des efforts pour
etendre l'influence francaise et il s'est servi de son frere Boson,
possessionne a la fois dans les vallees de la Meuse et du Rhone, pour
parvenir a ses fins. C'est sous son regne que se pose nettement la
question de savoir si le roi de France succedera ou non aux rois de
Lorraine et de Provence. Les droits incontestables de Raoul sur ce
dernier royaume et sa puissante position en Bourgogne, a proximite de
la Lorraine, semblaient le designer pour recueillir ces heritages,
mais sa situation meme d'adversaire de Charles le Simple, le
descendant direct des Carolingiens, lui fit visiblement un tort
immense a en juger par les resultats obtenus. Ajoutez a cela la lutte
acharnee contre les Normands et l'hostilite de ses propres vassaux.
Tel est le point de vue que nous nous sommes efforce de mettre
davantage en lumiere.

Nous n'avons pas non plus neglige de souligner certains details de
nature a eclairer un peu des faits enveloppes d'obscurite, ainsi
l'antagonisme entre la famille comtale de Dijon et les Robertiens ou
les causes d'union et de rupture entre Herbert de Vermandois et Hugues
le Grand. On ne s'est occupe des antecedents de Robert Ier ou de la
personnalite et des actes de Charles le Simple que dans la mesure ou
cela etait necessaire au recit des evenements, M. Eckel ayant deja
traite a fond ces questions.

Il n'y avait pas ici place pour une bibliographie du genre de celles
qui sont en tete des volumes relatifs a Louis d'Outre-Mer et a Charles
le Simple; elle eut trop ressemble a ces dernieres. Nous avons prefere
mettre a la suite des livres nouveaux, cites en note, les indications
bibliographiques indispensables. Du reste, on s'est efforce de ne pas
abuser des citations. Ainsi on ne trouvera guere mentionnees les
oeuvres de K. von Kalckstein[3], Lippert, Waitz[4], Eckel[5] et mon
edition des _Annales de Flodoard_[6], auxquelles il eut ete facile de
multiplier les renvois. Mais les sources sont toujours indiquees, avec
leurs editions quand il y a lieu. Je me permettrai de renvoyer, en ce
qui les concerne, a ma bibliographie du _Regne de Louis
d'Outre-Mer_[7], pour tout ce qui pourrait paraitre insuffisant[8].

On n'est pas entre non plus dans l'etude diplomatique des actes, qui
trouvera sa place avec l'edition des diplomes royaux dans la
collection des _Chartes et diplomes_ publiee par l'Academie des
Inscriptions et Belles-Lettres, mais on en a naturellement tire parti
au point de vue historique.

Nous esperons que, malgre ses imperfections, le present travail pourra
contribuer a faire mieux connaitre un moment interessant dans cette
periode mouvementee de la decadence carolingienne et de
l'etablissement du regime feodal.

FOOTNOTES:

[Footnote 1: M. Labande qui s'etait d'abord charge de la redaction des
Annales du regne de Raoul a bien voulu y renoncer en ma faveur. Je
tiens a le remercier ici en meme temps que MM. Pfister et L. Halphen
qui ont lu ce travail, l'un en manuscrit, l'autre en epreuves, et
m'ont tres obligeamment communique leurs critiques.]

[Footnote 2: _Geschichte des westfraenkisch en Reiches unter Koenig
Rudolf (Inaugural-Dissertation der Universitaet Leipzig)_. Leipzig,
1885, in-8, 126 pp. et sous le titre: _Koenig Rudolf von Frankreich_.
Leipzig, 1886.]

[Footnote 3: _Geschichte des Franzoesichen Koenigthums unter den ersten
Capelingern_. I. _Der Kampf der Robertiner und Karolinger_. Leipzig,
1877, in-8.]

[Footnote 4: _Jahrbuecher des deutschen Reiches unter Koenig Heinrich
I_. 3e ed. Leipzig, 1885, in-8.]

[Footnote 5: _Charles le Simple_. Paris, 1899, in-8 (_Bibliotheque de
l'Ecole des hautes etudes_, fasc. 124).]

[Footnote 6: _Les Annales de Flodoard_. Paris, 1906, in-8 (_Collection
de textes pour servir a l'etude et a l'enseignement de l'histoire_).]

[Footnote 7: _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_ (_Bibliotheque de
l'Ecole des hautes etudes_, fasc. 127, p. xxi et suiv.)]

[Footnote 8: Il faudra cependant y ajouter, pour memoire, l'etrange
dissertation d'Aime Guillon de Montleon, _Raoul ou Rodolphe, devenu
roi de France l'an 923, ne serait-il pas le meme personnage que
Rodolphe II, roi de Bourgogne Transjurane, et d'ou vient que le
cinquieme de nos rois, du nom de Charles, n'est pas appele Charles V?
Dissertation historique_. Paris, 1827, in-8, 124 pp., tabl., 3 pl. Cf.
la critique de Daunou dans _Journal des savants_, annee 1828, p.
93-102.--Et on peut mettre au meme rang la "Vie de Rodolphe, roi de
France, tiree de tous les bons auteurs par Jean Munier, avocat du roi
es cours royales d'Autun" (n deg. 16487 du P. Lelong) conservee dans le
manuscrit de la Bibliotheque nationale fr. 4629, p. 89. C'est un
chapitre des _Recherches sur les anciens comtes d'Autun_ de Jean
Munier (m. 1635), ou l'auteur se preoccupe surtout de refuter les
"calomnies" mises en circulation par Jean de Serres sur Raoul, dans le
celebre _Inventaire general de l'histoire de France depuis Pharamond
jusques a present, illustre par la conference de l'Eglise et de
l'Empire_ (Paris, 1600, 3 vol. in-8) qui eut quatorze editions (la
derniere en 1660).]




ROBERT Ier

ET

RAOUL DE BOURGOGNE

ROIS DE FRANCE




CHAPITRE PREMIER


ROBERT DUC DE FRANCE ET RAOUL DUC DE BOURGOGNE.


Robert, fils de Robert le Fort, est en realite un personnage un peu
efface, tant la puissante figure de son frere, le roi Eudes, lui a
fait ombrage. Pendant tout le regne de celui-ci, il le seconda
fidelement[9], et a sa mort, en 898, il recueillit sa succession comme
"duc et marquis" de France. A ce titre, il preta l'hommage a Charles
le Simple[10] qui le traita d'abord avec beaucoup d'egards, ainsi
qu'il apparait par les diplomes royaux des annees 904, 915 et 918[11].
Mais des l'an 900, un premier froissement avait eu lieu entre eux.
Manasses, vassal du duc de Bourgogne, Richard le Justicier, s'etait
permis, dans une conversation avec le roi, de tenir sur Robert des
propos juges injurieux par ce dernier. Robert quitta la cour pendant
quelque temps[12]. Il semble cependant qu'il rentra en faveur vers
903, epoque a laquelle il sollicita et obtint des diplomes pour ses
abbayes de Saint-Germain-des-Pres, Saint-Martin de Tours et
Saint-Denis[13]. Il accompagna meme, cette annee, le roi en Alsace, ce
qui l'empecha de secourir la ville de Tours assiegee par les
Normands[14]. Bientot il prit sa revanche a la bataille de Chartres
(20 juillet 911)[15], et, selon la legende, c'est lui qui servit de
parrain a Rollon[16]. Dix ans plus tard, apres une campagne contre les
Normands de la Loire, il imita l'exemple de son suzerain en cedant aux
pirates une partie de la Bretagne et le pays de Nantes[17]. Quand on
se rappelle la formidable puissance materielle dont il disposait[18],
on est etonne qu'il n'ait pas essaye de s'emparer de la couronne
aussitot apres le deces de son frere. S'il ne l'a pas fait, c'est
uniquement a cause de l'accord qui venait d'intervenir l'annee
precedente entre Eudes et Charles[19], car ses bons rapports avec la
maison de Flandre et ses alliances avec les familles de Vermandois et
de Bourgogne lui auraient singulierement facilite l'acces au trone.

Raoul etait fils de Richard le Justicier, comte d'Autun devenu duc de
Bourgogne sous le regne d'Eudes, qui avait ecrase les Normands a la
bataille d'Argenteuil en Tonnerrois (28 decembre 898). Il se trouvait
etre, du chef de son pere, neveu de Boson, roi de Provence, par
l'imperatrice Richilde, soeur de Richard, neveu de Charles le Chauve,
et, par sa mere Adelaide, neveu du roi de Bourgogne jurane Rodolphe
1er[20].

Suivant une legende accreditee posterieurement, il aurait ete tenu sur
les fonts baptismaux par le roi Charles le Simple lui-meme[21]; mais
Charles, etant ne en 879, ne devait pas etre beaucoup plus age que son
pretendu filleul. Ce dernier est, en effet, deja temoin dans un acte
de 901, et l'on sait que les exemples de temoins au-dessous de douze
ans sont exceptionnels[22].

Raoul avait une soeur, Ermenjart, qui epousa Gilbert de Dijon[23], et
deux freres cadets, Hugues le Noir et Boson qui, comme lui, ne
jouerent aucun role politique actif du vivant de leur pere[24]. Leur
trace ne se retrouve que dans les souscriptions de chartes. C'est,
semble-t-il, Raoul qui souscrit un arret de Richard relatif a
Saint-Benigne de Dijon, datant des dix dernieres annees du IXe siecle;
en tout cas c'est bien lui qui figure dans un acte de Richard en
faveur de l'abbaye de Montieramey, du 21 decembre 901, ou il est
qualifie de "fils de Richard"[25]. Peut-etre aussi est-ce lui et son
frere Boson qui signent une donation de l'imperatrice Richilde a
l'abbaye de Gorze[26]. Les trois freres sont temoins dans une charte
de concession octroyee par Richard a l'abbaye de Saint-Benigne de
Dijon[27] et paraissent remplir un role moins efface au tribunal
comtal d'apres une charte en faveur de l'eglise d'Autun redigee et
scellee au nom de Raoul, agissant comme mandataire de son pere
(Pouilly, 5 septembre 916)[28]. Raoul intervient aussi dans un acte
delivre en 918 par l'eveque d'Autun, Walon, avec l'assentiment du duc
de Bourgogne[29].

Les fils de Richard porterent simultanement le titre de comte. Apres
la mort de son pere, Raoul continue a s'intituler de meme, ainsi qu'on
le voit dans une charte de donation de sa mere Adelaide, relative a
des biens sis en Varais (Autun, 24 avril 922)[30]

Des premiers actes de Raoul comme duc de Bourgogne, on ne connait
guere que la prise de Bourges[31]. Mais il regne beaucoup d'obscurite
sur les circonstances qui accompagnerent cet evenement. On trouve
mentionne: en 916 un incendie de Bourges, en 918 une prise de
possession ephemere de la ville par Guillaume, neveu de Guillaume Ier
d'Aquitaine, et en 924 une cession de la ville et du Berry par Raoul,
devenu roi, a Guillaume, moyennant l'hommage[32]. Le duc de France
Robert avait, parait-il, aide Raoul a s'emparer de Bourges, mais on ne
saurait decider si ce fut en 916 ou entre 916 et 918, ou encore plus
tard. Raoul s'etait en effet allie a la puissante famille des ducs de
France, suzeraine de tout le pays au nord de la Loire, en epousant la
propre fille de Robert, Emma, princesse douee d'une rare intelligence
et d'une male energie[33].

Charles le Simple temoignait aussi des egards a Raoul en souvenir de
son pere, dont il avait a maintes reprises eprouve le loyalisme. Il
semble meme qu'en prescrivant a l'abbe de Saint-Martial de Limoges,
Etienne (elu en 920), d'elever deux fortes tours pour resister a
Guillaume d'Aquitaine, il prenait ouvertement le parti de Raoul[34].

Robert l'emporta neanmoins, car dans sa lutte contre Charles, nous
voyons Hugues le Noir, frere du roi Raoul, lui amener des recrues
bourguignonnes pour cooperer avec les forces des grands vassaux a la
lutte contre les troupes royales. Toutefois, apres l'armistice
intervenu a la fin de l'annee 922, les Bourguignons s'etaient
definitivement retires[35].

Pour bien comprendre leur rentree en scene et finalement l'election de
Raoul comme roi, il est necessaire de jeter un coup d'oeil rapide en
arriere et de se rappeler l'etat politique de la France a cette
epoque, ainsi que les principaux evenements qui venaient de marquer le
regne de Charles le Simple.



FOOTNOTES:

[Footnote 9: Favre, _Eudes_, p. 78, 95-96, 147, 156, 161, 165, 192.]

[Footnote 10: _Ann. Vedast._, a. 898.]

[Footnote 11: Il l'appelle son "tres cher" (_admodum dilectus_), son
"tres fidele", le "conseil et l'auxiliaire de son royaume" (_regni et
consilium et juvamen_). Pelicier, _Cartul. du chapitre de l'eglise
cathedrale de Chalons-sur-Marne_, p. 31; _Recueil des historiens de
France_, IX, 523, 536.]

[Footnote 12: _Ann. Vedast._, a. 900.]

[Footnote 13: _Recueil des historiens de France_, IX, p. 495-499.]

[Footnote 14: Ibid., p. 499. Eckel, p.68.]

[Footnote 15: _Cartul. de Saint-Pere de Chartres_, ed. B. Guerard
(Paris, 1840), I, p. 46-47.]

[Footnote 16: Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, I. II, c. 30.]

[Footnote 17: Flod., _Ann_., a. 921: "... Britanniam ipsis
[Normannis], quam vastaverant, cum Namnetico pago concessit
[Rotbertus]." Cf. Dudon de Saint-Quentin, ed. Lair, p. 69, n. 4.]

[Footnote 18: Voy. Favre, _Eudes_, p. 12; Eckel, _Charles le Simple_,
p. 34; F. Lot, _Etudes sur le regne de Hugues Capet_ (Paris, 1903,
in-8), p. 187.]

[Footnote 19: _Ann. Vedast._, a. 897; Favre, _Eudes_, p. 191; Eckel,
_Charles le Simple_, p. 26.]

[Footnote 20: On sait toute l'importance attachee a ce titre de neveu
dans les traditions de famille franques. Pour saisir plus clairement
ces parentes il suffit de parcourir la genealogie suivante:


Conrad, comte d'Auxerre Thierry, comte d'Autun
| |
--------------------- -------------------------------
| | | | |
Rodolphe Ier Adelaide ep. Richard Boson Richilde ep. Charles
roi de le Justicier roi de Provence le Chauve
Bourgogne (m. 921) (879-887)
(888-911)
| | | |
Rodolphe II RAOUL. Louis l'Aveugle Louis II le Begue
roi d'Arles en 933 ep. Emma, | fils d'Ermentrude
(m. 937) fille de Robert Charles-Constantin ep. 1 deg. Ansgarde
| duc de France comte de Vienne 2 deg. Adelaide
Conrad le Pacifique en 931
ep. Mathilde, |
fille de Louis d'Outre-Mer ----------------------------
| |
1 deg. Louis III Carloman 2 deg. Charles
(880-882) (880-881) le simple
(893-922)]

[Footnote 21: _Hist. Francor. Senon. (M.G.h., Scr._, IX, 366); Richard
le Poitevin, _Chron. (Recueil des historiens de France_, IX, 23).]

[Footnote 22: La majorite etait de 12 ans chez les Saliens et de 15
ans chez les Ripuaires. Cf. Glasson, _Hist. du droit et des instit. de
la France_, II, p. 291.]

[Footnote 23: Eckel, p. 40.]

[Footnote 24: _Chron. S. Benigni Div. (Rec. des historiens de France_,
VIII, 241; ed. Bougaud et Garnier, p. 115).]

[Footnote 25: D'Arbois de Jubainville, _Hist. des comtes de
Champagne_, I, p. 450, pr. n deg. 17; _Cartulaire de Montieramey_, ed. Ch.
Lalore (Troyes, 1890, in-8), p. 18, n deg. 12.]

[Footnote 26: _Recueil des historiens de France_, IX, 665; _Cartulaire
de l'abbaye de Gorze_, publ. p. A. d'Herbomez (_Mettensia_, II), p.
159, n deg. 87.]

[Footnote 27: _Chron. S. Benigni Divion. (Rec. des historiens de
France_, VIII, 242; ed. Bougaud et Garnier, p. 119).]

[Footnote 28: _Cartulaire de l'eglise d'Autun_, publ. par A. de
Charmasse (Autun, 1865) n deg. 22. Il ne faut pas, semble-t-il, vouloir le
reconnaitre dans un _Rodolphus comes_ qui figure avec beaucoup
d'autres comtes lorrains dans un diplome de Charles le Simple en
faveur de l'abbaye de Pruem, date de la meme annee (_Recueil des
historiens de France_, IX, 526).]

[Footnote 29: _Cartulaire de l'eglise d'Autun, n deg. 23._]

[Footnote 30: Ibid., n deg. 9, 10.]

[Footnote 31: Flodoard, _Annales_, a. 924; _Ann. Masciac._, a. 919
(_M.G.h., Scr._, III, 169); _Histoire de Languedoc_, nouv. ed., II,
251; III, 95. Voy. aussi F. Lot, _Hugues Capet_, p. 190, n. 3.]

[Footnote 32: _Hist. de Languedoc, loc. cit._]

[Footnote 33: A. de Barthelemy, _Les origines de la maison de France
(Revue des questions historiques_, VII p. 123). On pretend aussi
qu'une autre fille de Robert, dont on ignore le nom, aurait epouse son
oncle Herbert II. Cf. Eckel, p. 35, qui la designe a tort comme,
"cousine" d'Herbert II.]

[Footnote 34: Ademar de Chabannes, _Commemoratio_, ed. Duples-Agier,
p. 3; Ch. de Lasteyrie, _L'abbaye de Saint-Martial de Limoges_ (Paris,
1901, gr. in-8), P. 58-59.]

[Footnote 35: Flod., _Ann._, a. 922.]




CHAPITRE II


LES ELECTIONS DE ROBERT ET DE RAOUL.


Peu apres la mort de Louis III, le vainqueur de Saucourt, et celle de
Carloman, son frere, le royaume franc de l'ouest, la France, comme on
l'appelle desormais dans nos histoires, et les divers pays qui en
dependaient, ne tarderent pas a se morceler sous l'influence du
developpement de la feodalite et la menace perpetuelle des invasions
normandes. La Bretagne devint en fait independante avec les ducs Alain
et Juhel-Berenger, la Provence avec Boson et la Bourgogne avec
Rodolphe Ier. Le reste de la France, demembre en une infinite de
fiefs, repartis dans les trois duches de "France"[36], de Bourgogne et
d'Aquitaine, fut enfin divise en deux camps ennemis par la question de
devolution de la couronne.

A la suite de la tentative malheureuse de restauration de l'empire
carolingien, qui echoua piteusement a cause de l'incapacite de Charles
le Gros, une partie des grands feudataires francais, ressuscitant leur
droit d'election tombe en desuetude depuis longtemps, choisit pour roi
le comte Eudes, fils de Robert le Fort, tandis que d'autres restaient
fideles au representant de la dynastie carolingienne, un enfant en bas
age, Charles, fils posthume du roi Louis le Begue, issu de son mariage
avec Adelaide[37]. Des annees de luttes suivirent. Eudes regna, mais a
sa mort, Charles, auquel le surnom de Simple a ete attribue par ses
contemporains, fut reconnu dans toute la France, a l'exception des
pays qui s'etaient constitues en etats independants.

La cession d'une partie des rives de la basse Seine, aux pirates
normands, compagnons de Rollon, ne peut etre consideree comme un
affaiblissement de la puissance royale, quoi qu'en aient dit la
plupart des historiens, qui ont coutume de fletrir la memoire de
Charles le Simple principalement pour ce motif. On ne saurait non plus
suivre d'autres critiques qui, se placant a un point de vue
diametralement oppose, ont voulu l'envisager comme un acte d'habile
politique. En realite, Charles ne pouvait agir autrement devant
l'indifference profonde des grands vassaux, qui lui refusaient toute
aide effective pour combattre l'invasion; et sa puissance n'en fut
nullement amoindrie, puisque le territoire concede etait un
demembrement du "duche de France", qu'il en conserva la suzerainete et
trouva meme par la suite un concours inattendu aupres de ses nouveaux
vassaux[38].

Presque en meme temps que cette cession eut lieu l'acquisition de la
suzerainete sur la Lorraine, precieuse a bien des points de vue. Elle
reconstituait un tout brise par le singulier partage de Verdun et
fournissait a la dynastie austrasienne un solide point d'appui en son
pays d'origine.

L'autonomie feodale s'etait a tel point developpee que pour trouver un
soutien effectif, le roi Charles en etait reduit a rechercher
l'alliance des grands dignitaires de l'Eglise, comme l'archeveque de
Reims, ou d'hommes de naissance obscure, d'origine lorraine, comme
Haganon[39].

La premiere rebellion contre le pouvoir royal eclata en 920. Charles
fit preuve au cours de ces difficiles circonstances d'une fermete
remarquable. L'archeveque de Reims, Herve, reussit a sauver le
monarque et le seconda si bien qu'il se trouva bientot affermi au
point de pouvoir remplacer l'eveque elu de Liege, Hilduin, son ennemi,
par Richer, abbe de Pruem, son partisan. Le traite de Bonn, signe le
1er novembre avec Henri l'Oiseleur, auquel Charles avait eu affaire
pres de Pfeddersheim, dans le pays de Worms, mit fin a cette premiere
periode de troubles[40].

Bientot de nouvelles difficultes surgirent. Le 31 aout 921 mourut le
duc de Bourgogne Richard le Justicier, qui etait, avec le marquis
Robert, le plus puissant des grands vassaux, mais aussi l'un des
hommes les plus capables du royaume[41]. Il avait lutte
victorieusement contre les Normands, et avait toujours su gouverner
avec autorite ses vastes domaines, ne craignant pas de resister aux
empietements des puissances ecclesiastiques, seculieres ou regulieres,
et allant meme jusqu'a s'emparer par la force des biens d'Eglise,
comme du reste presque tous les princes laiques de son temps, quand la
necessite s'en presentait. Charles perdit en lui un fidele partisan:
s'il n'en avait recu aucun secours dans le dernier conflit avec les
grands, il avait du moins rencontre de son cote une bienveillante
neutralite, et il semblait meme que celle-ci dut un jour ou l'autre se
changer en cooperation effective. La mort de Richard bouleversa la
face des choses. Son fils Raoul qui avait epouse Emma, fille du
marquis Robert, fut attire dans le parti des mecontents par son
beau-pere qui en etait le chef. Pour comble de malheur, Charles vit
encore l'archeveque de Reims, d'abord condamne a l'inaction par une
grave maladie pendant les troubles de 922, abandonner ensuite
totalement sa cause, sans que nous puissions demeler la raison
veritable de cette defection.

La concession de l'abbaye de Chelles[42] faite par le roi a Haganon
determina un nouveau soulevement. Charles avait enleve l'abbaye a sa
tante Rohaut qui etait devenue belle-mere de Hugues, fils de
Robert[43]. Cet acte revetait le double caractere d'une spoliation et
d'une menace. C'etait une dependance arrachee au coeur meme des
domaines patrimoniaux de Robert et donnee comme poste d'observation et
de combat a un ennemi hai et meprise. Une nouvelle periode
d'hostilites s'ensuivit. Les operations eurent lieu en Remois,
Laonnais et Soissonnais, et se reduisirent a des incursions de part et
d'autre, a des pillages et a des incendies. A plusieurs reprises,
Charles s'enfuit, avec Haganon, jusqu'en Lorraine, et en revint avec
des troupes fraiches levees parmi les elements hostiles au duc ou les
vassaux ecclesiastiques. Le duc de Lorraine, Gilbert, le duc de
Bourgogne Raoul, enfin l'archeveque de Reims Herve s'etaient ranges du
cote du marquis Robert[44].

Apres la defaite de Laon, Charles fut contraint, par suite de la
dispersion totale de son armee, de chercher a nouveau un refuge au
dela de la Meuse. Les rebelles profiterent de l'absence du Carolingien
pour secouer definitivement sa suzerainete en se choisissant un roi
parmi eux. Le 29 juin 922, le marquis Robert fut elu roi a Reims par
les grands vassaux laiques et ecclesiastiques, puis couronne le
lendemain, un dimanche, a Saint-Remy, par l'archeveque de Sens
Gautier, le meme qui avait deja couronne le roi Eudes[45].
L'archeveque de Reims, Herve, alors gravement malade, mourut trois
jours apres, et son successeur Seulf, choisi sous l'influence des
revoltes, prit aussitot une attitude nettement opposee a Charles[46].

La lutte reprit de plus belle. Robert la transporta en Lorraine. Son
fils Hugues marcha sur Chievremont, que Charles assiegeait, et le
contraignit a lever le siege[47]. Au debut de 923, Robert eut
l'habilete de se menager une entrevue, sur les bords de la Roer, avec
le roi de Germanie Henri Ier qui, au mepris du traite de Bonn, noua
des relations amicales avec l'usurpateur. Robert parvint a obtenir
d'une fraction des Lorrains un armistice qui devait se prolonger
jusqu'en octobre[48]. Puis il rentra en France, ou il congedia les
contingents bourguignons, ne gardant que peu d'hommes sous les armes.

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